{"id":16508,"date":"2020-10-11T21:48:50","date_gmt":"2020-10-11T21:48:50","guid":{"rendered":"http:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/?p=16508"},"modified":"2020-10-11T21:51:59","modified_gmt":"2020-10-11T21:51:59","slug":"si-demain-commence-aujourdhui-alors-quel-demain-souhaitez-vous-faconner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/2020\/10\/11\/si-demain-commence-aujourdhui-alors-quel-demain-souhaitez-vous-faconner\/","title":{"rendered":"Si demain commence aujourd\u2019hui, alors, quel demain souhaitez-vous fa\u00e7onner ?"},"content":{"rendered":"<p>Alors que la 2\u00e8me vague de pand\u00e9mie nous frappe collectivement, et que les gouvernements mettent en place un arsenal de mesures de semi-confinement (et notamment un recours intensif au t\u00e9l\u00e9travail), je me questionne sur la mani\u00e8re dont je peux, et souhaite, continuer \u00e0 exercer mon m\u00e9tier, qui consiste essentiellement \u00e0 favoriser la communication relationnelle dans les organisations, \u00e0 partir d&rsquo;approches tr\u00e8s vari\u00e9es.. Plus fondamentalement, je me demande dans quel monde nous souhaitons vivre encore.<\/p>\n<p><strong> Au nom de la pand\u00e9mie, et de l\u2019efficience virtuelle, allons-nous continuer \u00e0 \u00e9teindre en nous le besoin d\u2019\u00e9treinte, physique ou symbolique, au c\u0153ur de toute rencontre vraie ?<\/strong> Allons-nous accepter de laisser s\u2019\u00e9mousser notre capacit\u00e9 \u00e0 nous surprendre, nous \u00e9mouvoir, nous humer, nous ressentir ?<\/p>\n<p>Depuis six mois, je travaille intens\u00e9ment \u00e0 soutenir les managers, professionnels, organisations dans leurs efforts pour dialoguer, apprendre \u00e0 communiquer, mobiliser, optimiser, maximiser l\u2019intelligence \u00e9motionnelle, relationnelle et politique.<\/p>\n<p>Assise dans un fauteuil, derri\u00e8re un \u00e9cran, je rencontre chaque semaine des dizaines de personnes, parfois m\u00eame des centaines, aux quatre coins du Qu\u00e9bec et de la France.<\/p>\n<p>Certains prennent le temps de me saluer, d\u2019autres osent m\u00eame prendre la parole dans ces groupes virtuels. Mais la plupart se r\u00e9fugient derri\u00e8re l\u2019\u00e9cran, dans du multi-t\u00e2ches, au nom de la survie de leur organisation, de la charge de travail, ou des limites de bande-passante de leur connexion internet. Consommant ou grapillant des bribes de mes propos, participant le temps d\u2019un atelier \u00e0 des \u00e9changes avec des participants de sous-groupes virtuels, en s\u2019\u00e9tonnant du bien-\u00eatre que procure la rencontre avec d\u2019autres personnes.<\/p>\n<p>R\u00e9cemment, je me suis permis d\u2019\u00e9crire \u00e0 un groupe, que j\u2019accompagne depuis plusieurs mois dans un programme de formation, pour leur demander, deux jours \u00e0 l\u2019avance, de se pr\u00e9parer \u00e0 allumer leur cam\u00e9ra pendant nos \u00e9changes. Quand ce jour est arriv\u00e9, nous avions l\u2019impression de participer \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel. La plupart de ces personnes, coll\u00e8gues dans la vie, ne s\u2019\u00e9taient pas rencontr\u00e9es physiquement depuis d\u00e9but mars, et ne s\u2019\u00e9taient pas expos\u00e9es \u00e0 visage d\u00e9couvert, malgr\u00e9 les rencontres de toutes sortes organis\u00e9es sur Skype, Teams ou Zoom dans leur milieu de travail. Et la qualit\u00e9 des infrastructures technologiques n&rsquo;\u00e9tait pas en cause.<\/p>\n<p>Certains, lors d\u2019une formation dans laquelle je proposais d\u2019entr\u00e9e de jeu, comme condition de succ\u00e8s, que les cam\u00e9ras soient ouvertes, ont brandi le spectre de l\u2019atteinte \u00e0 leur vie priv\u00e9e\u00a0: comment pouvait-on oser demander \u00e0 une personne d\u2019accepter une telle intrusion dans son espace personnel et priv\u00e9 (dans le cadre d\u2019une formation pay\u00e9e par son employeur, pendant ses heures de travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es)? Effectivement, comment ai-je eu l\u2019outrecuidance d\u2019exiger un tel geste, \u00e0 des \u00e9quipes qui depuis des mois fonctionnent dans un environnement drain\u00e9 par les op\u00e9rations, le \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb, les choses \u00e0 r\u00e9gler, et ce faisant ont oubli\u00e9 le besoin essentiel de tout \u00eatre humain de donner, de contribuer \u00e0 plus grand que soi, de donner et s\u2019entraider.(voir l\u2019excellent livre de Norbert Alter, <em>Donner et prendre, la coop\u00e9ration en entreprise<\/em>).<\/p>\n<p>La survie des entreprises l\u00e0 aussi a bon dos. <strong>Toutes les entreprises ne sont pas \u00e9galement menac\u00e9es, et ce comportement productiviste, qui tend \u00e0 \u00e9radiquer l\u2019humain pour le ramener \u00e0 sa seule force de travail, n\u2019est pas l\u2019apanage des entreprises luttant pour leur survie.<\/strong> Au contraire, j\u2019ai eu le privil\u00e8ge d\u2019accompagner certaines entreprises, qui dans la crise ont fait le choix de r\u00e9unir leurs employ\u00e9s, partenaires, fournisseurs, clients, pour co\u00fbte que co\u00fbte serrer les coudes et inventer de nouvelles mani\u00e8res de travailler ensemble.<\/p>\n<p>Comment en arrivons-nous l\u00e0, \u00e0 ce point o\u00f9 tacitement, dirigeants, gestionnaires et employ\u00e9s acceptent de troquer la fiert\u00e9 et le plaisir de travailler ensemble, de partager, \u00e9changer, se nourrir, prendre le temps de perdre son temps dans une rencontre gratuite, en \u00e9change du confort d\u2019un repli sur soi, son organisation personnelle, le temps avec les siens, une paix sociale et un respect de la vue priv\u00e9e ? Le virus a bon dos, utilis\u00e9 par certains comme alibi pour un repli sur soi.<\/p>\n<p><strong>Le \u00ab\u00a0savoir-vivre ensemble\u00a0\u00bb, le besoin d\u2019affiliation, le sentiment d\u2019appartenance, sont-ils \u00e0 ce point fragiles, que l\u2019on capitule aussi rapidement ?<\/strong><\/p>\n<p>Je suis heureusement aussi t\u00e9moin de sursauts sporadiques, d\u2019initiatives admirables, dans certaines organisations, de la part de quelques \u00e9quipes, pour entretenir, envers et contre tout, la flamme de l\u2019entraide, le go\u00fbt de se rencontrer, se r\u00e9unir au travail, une ou deux fois par semaine, partager solidairement l\u2019obligation de pr\u00e9sence faite aux \u00e9quipes essentielles, en se rendant \u00e9galement au travail, au moins quelques fois par semaine ou par mois.<\/p>\n<p>Sommes-nous en train de mourir, de mort lente, sans souffrance, ensevelis consentants, sous les cendres d\u2019un volcan invisible qui endort, insidieusement mais s\u00fbrement, notre curiosit\u00e9 et notre go\u00fbt des autres ? Jusqu\u2019o\u00f9 sommes-nous pr\u00eats \u00e0 aller, pour d\u00e9fendre la valeur de notre survie biologique, et avons-nous bien pris la mesure des pertes auxquelles nous consentons ?\u00a0 Quels choix sommes-nous pr\u00eats \u00e0 faire ? Celui de rester en vie, morts-vivants, en troquant notre \u00e9tincelle de joie pour une \u00e9tincelle de vie ? Ou bien celui de r\u00e9sister, comme l\u2019ont fait d\u2019autres humains avant-nous, confront\u00e9s \u00e0 des \u00e9preuves extr\u00eames ? Si les prisonniers des camps de concentration nazis ont continu\u00e9 \u00e0 aimer, cr\u00e9er, danser, comme le rapporte de mani\u00e8re poignante Primo L\u00e9vi, dans son livre-t\u00e9moignage Si c\u2019est un homme, alors <strong>commen\u00e7ons d\u00e8s maintenant \u00e0 stimuler et encourager, dans toutes les sph\u00e8res de notre vie, la r\u00e9sistance \u00e0 la r\u00e9signation et la somnolence<\/strong>.<\/p>\n<p>Pendant que nos soignants exposent leur vie quotidiennement sur le front de la guerre contre le virus, que les h\u00f4pitaux se pr\u00e9parent \u00e0 vivre un deuxi\u00e8me assaut de lutte acharn\u00e9e contre la maladie, que des pans entiers de l\u2019\u00e9conomie disparaissent, donnons un sens \u00e0 leurs efforts et sacrifices, en vivant pleinement et de mani\u00e8re \u00e9clair\u00e9e notre condition humaine, et en continuant \u00e0 nous rencontrer, en habitant pleinement et de mani\u00e8re engag\u00e9e, le temps d&rsquo;un \u00e9change, les plateformes virtuelles, en attendant de renouer avec des rencontres en personne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que la 2\u00e8me vague de pand\u00e9mie nous frappe collectivement, et que les gouvernements mettent en place un arsenal de mesures de semi-confinement (et notamment un recours intensif au t\u00e9l\u00e9travail), je me questionne sur la mani\u00e8re dont je peux, et souhaite, continuer \u00e0 exercer mon&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":16509,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[34,30],"tags":[67,66,37,65],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16508"}],"collection":[{"href":"https:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16508"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16508\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16510,"href":"https:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16508\/revisions\/16510"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16509"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16508"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16508"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clotconseil.ca\/blogue\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16508"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}