Les oies sauvages sont de retour.

Elles caquettent, neige bruyante animant le linceul de ces longs mois d’hiver.

Si nombreuses, si joyeuses. Et nous sommes là, quelques humains clairsemés, envieux et fascinés par ce tintamarre blanc.

L’âme soulevée par cette beauté imperturbable, face au malheur qui frappe l’humanité.

Dans les champs, les oies blanches, serrées les unes contre les autres. Ça dort, ça picore, ça jacasse. Certaines se dandinent sur la terre ferme, tandis que d’autres nagent dans la plaine inondée, puis disparaissent quelques minutes, croupion à la verticale.

L’une d’elle reste à l’écart, immobile et solitaire, un long moment. Les autres respectent une frontière invisible et se tiennent loin. Drôle de distanciation tacite.

Trois oies volent dans le ciel pendant quinze minutes, sans aucun but apparent. Peut-être des jeunes, grisés par leur liberté vive, la puissance de leurs ailes vigoureuses, et la magie du vol.

Je me sens infiniment triste, soudain, en pensant à tous ces aînés en Italie, France ou Espagne, qui aimaient tant prendre l’air sur le pas de leur porte. 

Fauchés, dans leur dernier envol, et condamnés à mourir dans l’absolue solitude.

Les cafés, les rues, les places de nos villages seront bien silencieux cet été, sans notre trésor blanc.

Ghislaine Clot

4 avril 2020